Resident Evil & Maupassant

Une nuit d’octobre, veillant seul à demeure,
J’entrepris de jouer. Il devait être une heure…
J’allumai ma console, puis lançai un jeu
Dont je ne connaissais ni le nom, ni l’enjeu.

Impossible de savoir d’où ce jeu venait,
S’il était d’un ami ou s’il m’appartenait.
Dans le silence lourd de la vieille maison
Où je vivais seul en cette morne saison,
Je me mis à jouer, sans jamais me douter,
D’à quel point tout ceci allait cher me coûter…

Car quelle angoisse ce fut ! Et quelle terreur !
Ce jeu n’était qu’effroi, épouvante et horreur !
Tout commence en silence, en forêt, c’est la nuit.
Soudain des secousses, et l’horreur invisible,
Je craignais chaque pas, angoissais à tout bruit.
Si vous m’aviez vu ! Recroquevillé, risible,
Serrant ma manette, frissonnant en silence,
Poursuivant la course sans le vouloir pourtant,
Et visitant les recoins de la résidence,
Pleurant à chaque couloir, tremblant comme un enfant !

Dehors, des chiens de l’Enfer, décharnés, avides,
Dedans des goules émaciées et putrides.
Nulle sortie, ni espoir, ni munition !
Du sang sur le carreau, des râles d’agonie,
Des cadavres las, en décomposition,
Et mon corps envahi d’une étrange atonie !
L’ambiance angoissante, la musique lugubre,
Les murmures dans l’ombre, la rumeur des morts,
Et la course effrénée dans ce lieu insalubre,
Ma lutte accessoire, mes inutiles efforts !
Rien à faire, impossible, je ne pouvais gagner.
Un zombie m’attrapa, me sauta au visage,
J’appuyai, frénétique, sur tous les boutons,
Mais la mort vint quand même, porteuse de rage.
Le monstre me dévora comme un loup des moutons.

Je lâchai la manette, transi et nerveux,
J’éteignis la télé, rallumai la lumière.
Un frisson glacial parcourut mes cheveux,
Cette vieille maison, noble, ancienne et fière,
Me parut ce soir-là, étrange et maléfique.
Tout seul dans mon salon, je paniquais un peu,
Tout m’y semblait malsain, dangereux, méphitique.
Je me levai : « Mais ce n’est rien, ce n’est qu’un jeu ! »

Un grand vent de vertige me parcourut l’échine:
Oh ! Triste jouet d’une infernale machine.,,
Se pourrait-il qu’un monstre semblable à ceux-là
Existe pour de vrai, se cache ici ou là ?
Dans mon jardin ? Ma cuisine ? Sous mon lit peut-être ?
Va-t-il venir ce soir ? Passer par ma fenêtre ?
Plus je réfléchissais, moins j’avais de courage,
Je perdais toute raison malgré mon vieil age.
Une peur froide me paralysait les membres
Et j’eus bien de la peine à rejoindre ma chambre.
Sous les draps froids, tendu, je tremblai à l’affût
D’un craquement ou d’un bruissement, quel qu’il fut.

Haletant, inquiet, prostré dans mon malheur,
Je la sentis venir bien doucement… L’horreur…
Cœur battant, les doigts crispés, la gorge serrée,
Jamais n’avais-je vécu pareille soirée !

Puis il y eut un bruit… Un babil animal.
Il y avait ici une chose anormale…
Mes yeux s’habituèrent un peu aux ténèbres
Et je pus discerner des mouvements funèbres.
J’aperçus dans le noir une forme à ma porte :
Une chose bien grande, et d’une étrange sorte.

Un homme, debout, à ma porte ! Sa figure
Était déchirée par un sourire malade.
Comment décrire cette hideuse nature !
Je ne pouvais bouger, c’était une noyade !
Mon corps était groggy, j’avais mal à la tête,
J’étais seul, impuissant, au cœur de la tempête;
Sans rive, sans terre, sans ciel, seul face à lui.
Et mes larmes de peur, son rictus dans la nuit…

Il s’avança vers moi. Lentement… Doucement…
Le vieux parquet craquait, sous son poids colossal.
Il affichait toujours ce sourire dément
En se traînant vers moi comme un roide animal.
Je tentai de hurler, mais sans y parvenir.
Je comprenais l’horreur qu’il allait m’advenir.
Le drapeau de la mort flottait par-dessus nous.
Il était le bourreau au royaume des fous,
J’étais le roi hâve, condamné, sans espoir,
Un veau tremblant d’effroi dans un sombre abattoir.

Il approcha sa main, impossible que je bouge.
La dernière chose que je vis fut son œil rouge
Comme injecté de sang, gangrené de folie,
Ses doigts sur ma gorge, mon âme ensevelie…

La dernière chose que j’entendis, ardent,
Fut le son de ma chair déchirée par ses dents.